«Le biodiesel est le secteur le plus dépendant des subventions»
Pour Sven Diermeier, analyste à l’Independant Research, les entreprises allemandes doivent réduire leur dépendance vis-à-vis de Berlin.
Les énergies renouvelables sont-elles en train de connaître la même crise qu’Internet en 2000-2001 ?
Le cas de Conergy [numéro 1 allemand des panneaux solaires, ndlr] est particulier. L’entreprise a grandi trop et trop vite. Il s’agit plus d’un problème de management que structurel. La direction n’avait pas d’expérience particulière dans le secteur. Mais d’autres entreprises pourraient suivre, même si les perspectives d’avenir en général sont très bonnes pour le solaire avec un taux de croissance de plus de 40 % au niveau mondial dans les deux années à venir selon nos prévisions.
Ces énergies vertes ne sont-elles pas trop dépendantes des subventions ?
C’est vrai. Les énergies renouvelables sont non concurrentielles par rapport aux fossiles, et le moindre changement dans la structure du soutien par l’Etat peut avoir des conséquences graves pour les entreprises. Mais la situation est variable selon les secteurs. L’éolien sera certainement compétitif sans subventions dès la prochaine décennie. Idem pour le solaire dans certaines régions climatiquement favorables telles la Californie ou le Sahara. Le biodiesel est le secteur le plus dépendant des subventions. C’est là qu’on trouve le plus d’entreprises en difficultés. Mais tout ça est normal pour des firmes qui en sont encore au début de leur croissance.
Quelles sont les perspectives des entreprises allemandes à l’international ?
Elles doivent impérativement réduire leur dépendance au marché allemand et aux subventions accordées par le gouvernement. Celles-ci vont diminuer à partir de 2008-2009. Le secteur traverse une crise de croissance. «La dépendance aux subventions est un défi majeur pour la branche», estime Josef Auer, analyste à la Deutsche Bank. Les renouvelables sont soutenues en Allemagne depuis 1991, avec les premières lois fixant le prix d’achat légal du kWh propre. Le courant vert est subventionné à hauteur de 8,19 centimes d’euros le kilowatt. Mais ces aides doivent peu à peu disparaître. Les subventions au solaire devraient baisser en 2009 de 8% au lieu des 5 % prévus. Idem pour les biocarburants, exemptés de taxes depuis 2004 et imposés à hauteur de 9 centimes d’euros depuis 2006. L’impôt passera à 15 centimes en janvier pour atteindre 45 centimes le litre en 2012, presque autant que les énergies fossiles.
L’Allemagne a une certaine avance par rapport à ses concurrents étrangers, notamment dans le secteur du solaire. Mais je pars du principe que, surtout pour le solaire, d’autres pays aux conditions climatiques plus propices dépasseront un jour l’Allemagne.
Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/299801.FR.php