Biocarburants : l’avantage est avant tout environnemental
Dans une interview au Républicain Lorrain, Stéphane Demilly, député de la Somme et président du groupe biocarburants à l'Assemblée nationale, expose les avancées en matière de biocarburants en France. Il explique que le combat est difficile et que "Les biocarburants ont fait l’objet d’une campagne diffamante de la part d’écologistes qui tiennent un discours digne des pétroliers".
Où en est la France avec les biocarburants ?
« Les choses avancent bien, dans le respect du calendrier européen. On est dans le peloton de tête, même si on a beaucoup de retard par rapport à des pays comme le Brésil. Là-bas, pour la première année, il s’est vendu plus de biocarburant que de pétrole. En France, les avancées sont rassurantes, même si le combat est difficile. »
Pourquoi est-ce si compliqué ?
« Parce qu’on se heurte à un certain nombre d’oppositions. Les compagnies pétrolières, très puissantes, ne voient pas les biocarburants d’un bon œil et ce n’est pas un pauvre député picard qui va les faire plier. Ensuite, il y a les hauts fonctionnaires de Bercy, qui traduisent aussi ça en manque à gagner, en raison des défiscalisations accordées. Les biocarburants ont aussi fait l’objet d’une campagne diffamante de la part d’écologistes qui tiennent un discours digne des pétroliers. Ils sont allés jusqu’à remettre en cause l’intérêt énergétique ou environnemental. On a également accusé les biocarburants d’être à l’origine de la hausse des cours des produits agricoles, ou de la famine dans certains pays. »
Le nouveau carburant, l’E 10, enregistre déjà un retard à l’allumage. N’est-ce pas préoccupant ?
« Je pense que quelques pompes seront quand même prêtes. Mais il est certain que les compagnies pétrolières vont traîner les pieds. Si on se réfère au déploiement de l’E 85, on constate qu’elles sont loin d’avoir respecté les engagements pris avec le gouvernement. Alors que les grandes surfaces ont bien joué le jeu. Forts de cette expérience, on va veiller à ce que ce ne soit pas pareil. »
L’E 85 n’est disponible que dans onze stations-service en Lorraine. Trouvez-vous cela normal ?
« C’est très largement insuffisant par rapport aux engagements des pétroliers. L’E 85 a des vertus démonstratives et a permis de prouver que les biocarburants, ça marche. On va aussi veiller à ce que l’E 10 ne vienne pas le tuer. »
En quoi les biocarburants vous paraissent-ils essentiels ?
« L’avantage est avant tout environnemental, de nombreuses études l’ont prouvé. Il est aussi sanitaire, en permettant de réduire les émissions cancérigènes. Mais l’enjeu est également géostratégique puisqu’il permet de réduire notre dépendance vis-à-vis des pays pétroliers. Enfin, cela offre de la diversification à nos paysans. Les biocarburants ne constituent pas la solution miracle, mais ils sont intéressants. Et puis en Europe, on fait ça de manière intelligente, en ne dépassant pas les 10 à 12 % de surfaces cultivables. »
Source : Interview de Stéphane Demilly dans le Républicain Lorrain - 2 avril 2009